Ma spiritualité dégoulinante

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Avez-vous remarqué vous aussi cette course dans le domaine de la spiritualité-teletubbies à afficher sur tous les réseaux sociaux possibles combien l’univers est merveilleux, abondant, combien on se sent aligné, combien on est guidé, combien on reçoit des messages, combien on est le Rothschild de la conscience.

À mettre sur Instagram les photos de « signes » que l’on a perçu, une petite fleur ou une fesse de lapin en forme de cœur avec en légende « gratitude quand la vie te guide sur le bon chemin /cœur/coeur ». Mais y-a-t-il un mauvais chemin ?

À bien cadrer des photos de son repas ou de son lieu de vie et sous titrer «Merci la vie, regardez d’où je travaille. »

Je trouve cela assez affligeant. Surtout lorsque souvent cela cache une profonde insécurité et une grande désespérance. Moi, si je suis bien ancrée en moi je n’ai pas besoin de voir des signes partout, et encore moins de les afficher.

Bien sûr avoir de la gratitude et sentir cette abondance couler en nous et partout est important, mais à ce moment-là, il faut avoir de la gratitude  aussi pour tout ce que l’univers offre chaque jour à chacun. En réponse ça me donne une envie folle de mettre une photo d’un petit africain mourant de faim avec « gratitude merci la vie pour l’abondance » ou une photo d’un cochon allant à l’abattoir sous-titré « quelle joie quand tout s’aligne pour t’amener sur ton chemin ». Et là, bizarrement, ça donne moins envie.

Je comprends une sincère envie de partager les belles choses lorsqu’on se sent touché par la grâce, mais nous parlons là de surexposition à en perdre tout sens et toute profondeur,  et de nouveaux veaux d’or.

D’autre part, la spiritualité dans le sens de cette connexion avec le « divin », se fait dans un recueillement. Pourquoi tous les lieux saints sont des lieux de silence ou de communion, de recueillement, de 1 on 1 ? Parce que le sacré ne s’étale pas comme de la confiture.

Cela me fait penser aux pièces de théâtre où les acteurs devaient expliquer ce qui se passait dans les actions en en faisant des tonnes pour que le spectateur comprenne (j’ai oublié le nom de la figure de style) comme lorsque Molière écrivait : « Ah ! je n’en puis plus, je me meurs, je suis mort, je suis enterré ! » On a juste envie de rétorquer : « Bon bah ça va, on a compris ! ».
De plus, « Ce que le mystique peut percevoir dans son extase lui appartient, lui est tout à fait personnel. Il ne pourra le transcrire, si ce n’est en images (ou mots) qui ne révèlent rien à notre intelligence ordinaire, sensible seulement aux phénomènes tangibles. Puisque de toute façon le phénomène est un état d’être qu’il nous est impossible de décrire mais que nous pouvons vivre.»   -Schwaller de Lubicz, La symbolique et son caractère hiératique.

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