Du lâcher prise

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La confusion a envahi et mêlé la notion de lâcher-prise avec celle de passivité, d’abandon, de fatalisme.

Lâcher prise ne veut pas dire inaction, cela veut dire ne pas se fourvoyer dans l’émotion, dans l’interprétation d’une situation que l’on vit. C’est s’en extraire pour en mesurer toutes les dimensions, étendre sa vision, son champ de compréhension et permettre ainsi une action saine, juste et adéquate. Lâcher prise veut dire donc au contraire se rebeller pacifiquement contre tout ce qui nous étouffe et nous dénature pour revenir a sa nature.

Lâcher prise est une nécessité vitale lorsque l’on se noie ou lorsque l’on est englué dans des sables mouvants. On cesse alors de se débattre, on accepte la situation, on l’accueille, et puis on agit consciemment en conséquence.

Lâcher prise c’est amener la conscience à tout ce qui ne l’est pas.

Lâcher prise ce n’est pas accepter d’être battue par son mari, c’est comprendre pourquoi l’on vit cela et faire un travail de fond sur soi et prendre les mesures nécessaires. Ce n’est pas se plaindre ni pleurer sur son sort ni faire preuve de violence à son tour sur l’autre.

Lâcher prise ce n’est pas accepter la maladie passivement en priant pour qu’elle passe. C’est chercher les racines de celles-ci, accepter de les voir puis de les panser.

Lâcher prise n’est ni lâcheté ni l’abandon. C’est le courage, l’équilibre et la mesure, c’est prendre de la hauteur pour un point de vue plus omniscient.

Lâcher prise n’est ni fatalisme ni acceptation les bras croisés. C’est prendre conscience que ce que nous traversons est un mûrissement, une projection.

L’autre est toujours un miroir déformant de nos plaies, de nos recoins ou de nos potentiels en sommeil.

Une émotion est toujours porteuse d’une information que nous n’entendons pas quand nous sommes pris dedans.

Une émotion est comme une lettre que le divin facteur vous envoie, lâcher prise ou accueillir une émotion c’est accepter d’ouvrir l’enveloppe.

Et comme il n’est pas de poste restante, cette lettre, de multiples moyens (circonstance, situation, maladie…), va vous être délivrée encore et encore jusqu’à ce que vous ayez ouvert, lu et saisis le message.

Lâcher prise c’est accepter la catharsis.

Lâcher prise permet la maitrise, non le contrôle. Nous vivons dans la volonté de contrôle, nous planifions, nous calculons, nous voulons modeler les choses telles que notre mental l’imagine ou le souhaiterait, nous cherchons à figer les choses dans le temps, et bien-sûr tout cela n’est qu’illusion, déception, errance. Il est une différence entre maitrise et contrôle. Tous les grands professionnels de surf, de piano, ou d’art martiaux par exemple, vous le diront : ils ne cherchent pas à contrôler la vague ou l’énergie qui les traversent, ils se laissent envahir par elles et ainsi en l’épousant, en ne faisant qu’un avec elle, ils la maîtrisent et exécutent leur art.

La maîtrise, c’est la présence et l’alignement dans chaque mot, chaque geste, chaque action, que l’on fait.

Tel un banc de poissons ou une nuée d’oiseaux semblant agir de concert en parfait synchronisme, il nous faut apprendre à nous laisser être mus par une symphonie divine qui nous orchestre parfaitement. Il nous faut faire corps avec cette unité qui ne demande qu’à nous traverser entièrement, en harmonie et cohésion, pour nous guider.

Nos cellules corporelles sont à l’image de ces groupes qui se déplacent comme une seule entité, et dans ce cas précis, sous l’ordre de nos pensées, de nos réactions, émotions et sentiments. Leur réponse et réaction seront donc guidées et induites selon la direction et l’impulsion de nos pensées.

Il convient de faire attention aux mots et aux sens que l’on leur donne car le Verbe est créateur. Les sons, les chiffres et les mots, qui sont un, sont les créateurs de notre réalité.

-Emmanuelle Soni-Dessaigne