La Gratitude dans l’adversité

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Toute petite, et je pense comme beaucoup, je n’arrivais pas à comprendre ce concept d’Enfer et de Paradis. De Dieu et de Diable. Ou de Dieu à milles faces. Dieu qui punit ou qui guérit. Qui châtie ou fait miséricorde.

L’on me disait « Dieu est amour, paix, sérénité. » Et « Les guerres, les massacres, les famines, ce n’est pas Dieu.  C’est l’homme. »

Mais l’on m’avait dit aussi « Dieu a fait l’homme à son image ».

Alors, rien n’avait de sens. Et ce sens, je le cherchais à en pleurer.

Je me demandais, suis-je Dieu ? Et cette colère que je sens parfois en moi, est-elle la sienne, la mienne, est-elle divine ou maléfique ? Y-a-t-il réellement une barrière entre lui et moi, entre le bien et le mal, entre le visible et l’invisible ou n’est-ce pas là qu’un tout cohérent sous une apparence dichotomique ?

Nous ne pouvons pas dire Dieu fait ce que je juge beau et puis il ne fait pas ce que je ne juge pas beau.

Les larmes, les cris, les rages, sont aussi une manifestation de la (nôtre) puissance divine au même titre que les rires et les joies.

Tout cela n’est que le spectre de couleurs d’un même prisme, et par ses reflets, par ses jeux d’opposition, le monde se connait, se découvre. La joie ne sait ce qu’elle est sans la tristesse, et la colère ne sait ce qu’elle est sans la sérénité. Toutes ces facettes ne sont que l’essence d’une même chose, d’une même énergie. Un potier peut préparer milles objets avec la même argile. Le résultat final est une simple manifestation différente de l’élément initial. Réduisez la forme, les apparences, et vous aurez l’essence.

Alors j’ai eu envie pour mes colères, de me dire que cela aussi c’était divin. De leur permettre d’être. De me faire entendre ce qui devait être entendu. Dans mes affrontements, mes difficultés, je me disais que cela me préparait à ce que j’étais amenée à être, à faire, parce qu’il y avait des choses à mettre en lumière, et qu’au début lorsqu’on est trop habitué à l’obscurité ou au confinement on cligne des yeux, on trébuche.

Alors vous pourriez me dire : « Si je suis battue par mon mari, ou insultée par mon patron, dois-je considérer que c’est une préparation et donc accepter patiemment? »

Qu’est-ce que cela vous fait ressentir ? Le désir de vous exprimer, le besoin de vous offrir votre propre respect, de vous affirmer pour vous-même ? Bien, alors l’Amour veut simplement que vous fassiez ce pas envers vous et c’est la voie que vous avez choisi pour le comprendre.

Accueillir ne veut pas dire accepter, mais transcender.

Tous ces chaos que nous traversons n’ont pour seul but que de nous chahuter pour nous faire réaliser combien nous sommes faits pour être libre, être authentique à ce que nous sommes. Ce sont des grâces.

Pour faire bouger un rocher, parfois ne faut-il pas des pluies torrentielles ?

Pour recréer un espace, parfois ne faut-il pas une colère volcanique ?

C’est un prélude, un passage. Oui nous ne savons pas où cela mène, et nous pouvons avoir l’impression d’être seul, abandonné, perdu, abattu.

Pourtant, nous ne sommes jamais abandonnés, incompris ou inaudibles. De même que l’on ne peut pas comprendre une phrase quand on est en train de la lire, seulement rétrospectivement et une fois aboutie,  nous ne pouvons comprendre tous les enjeux de ce que nous vivons et leur nécessité, lorsque nous sommes en train de le vivre. Nous ne pouvons qu’accueillir le processus, travailler avec en conscience, et ainsi transformer l’adversité en gratitude, la souffrance en bienveillance, la résistance en réception.

Et puis, comme l’enfant qui creuse le sable pour trouver un coquillage comme un trésor sacré et qui à la vue de celui-ci oublie son labeur et sa peine, nous comprendrons que ce trésor se cachait dans les ruines de ce que nous croyions être, et qu’il fallait nous dépouiller, peut-être avec fracas, pour en apercevoir le joyau. Qui était là, toujours.

« Le chagrin est un vomissement. Tant que tu auras certaines choses sur lesquelles il te faudra mettre de l’amour et de la lumière tu continueras à expurger cela comme un corps vomit ce qui lui est vicié. »

Rumi, dans son « Livre du Dedans » disait que nous invoquons souvent Dieu dans la souffrance en lui demandant pourquoi nous subissons cela ou même en l’invectivant, parce qu’à ce moment là Dieu et ses desseins restent pour nous un secret. Et lorsque nous sommes en joie et que nos volontés semblent s’accomplir nous remercions ce même Dieu et nous sentons entendus puisqu’alors ses desseins sont en adéquation avec les nôtres en apparence, ils nous semblent clairs et nous sentons sa présence. Et peut-être pourtant qu’avec le temps, nous allons à nouveau lui en vouloir pour ce qu’il nous avait « accordé » après que l’on ait vécu quelques expériences jugées négatives suite à cela.

Comprenez, Dieu n’agit pas de la sorte, tergiversant entre punir vos insultes ou octrôyer vos supplications. Dieu n’est nul autre que vous, et ce que vous recevez c’est toujours la juste expérience, au bon moment.

Pour être satisfait dans les deux états, de plénitude ou de torture, il faut donc comprendre ce qui les lie : la gratitude et l’accueil. Cela transforme la peine en grâce. Cela nous permet d’être reconnaissant et trouver la quiétude originelle, certaine, que « Dieu » nous semble dans le secret ou la présence.

-Emmanuelle Soni-Dessaigne