Comment pensez-vous? (I)

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Nous abordons souvent nos problèmes ou expériences de vie de manières bien spécifiques et parfois, sans nous en rendre compte, répétons des schémas de pensée et d’action qui pourtant ne sont pas constructifs (ou encore pire narcissiques, névrotiques, borderline ou obsessionnels.)

 

Depuis longtemps, de grands chercheurs et érudits ont étudié les comportements humains et pu dégager certaines conceptualisations pour comprendre nos modes de fonctionnement, que je reprends brièvement ci-dessous.

 

L’inversion (litote ou euphémisme pour les littéraires)

Moi j’appelle cela faire des manies de langage par politesse ou souci de représentation, d’image et d’apparence. C’est avoir une vision ou une façon d’exprimer l’expérience qui n’est pas en adéquation avec celle-ci et en est disproportionnée : soit exagérée soit minimisée.
Par exemple une dame est en train de se faire agressée sous vos yeux et votre réaction est : « Il me semble que cette dame a quelques ennuis avec cet importun. »

Le rejet, la projection sur l’ « autre »

Vous savez, ce petit doigt que l’on pointe facilement. Jouer la victime et blâmer ça soulage souvent (enfin c’est ce que l’on croit) (et que soi par contre). Cela va avec l’idée qu’il y a « nous » et les « autres », « nous » et « le système ». Cela apaise un temps parce que cela nous évite de venir fouiller à l’intérieur pour voir les espaces que cela pointe en nous qui ne sont pas agréables. Pourtant il est fondamental de comprendre que tout part de soi et qu’à partir de là seulement on peut réellement avancer hors d’une représentation manichéenne et duelle des choses.

La justification

Lorsque l’esprit n’est pas capable d’accepter ce qui est ou de faire face alors nous nous trouvons un motif valable, acceptable ou une justification mentale. J’utilise souvent la petite histoire des raisins acides pour expliquer ce point auprès de patients qui viennent consulter. L’histoire ? Un renard avait jeté son dévolu sur une belle grappe de raisin très haut sur une branche. Après s’être épuisé à sauter encore et encore en vain pour les attraper et pouvoir les savourer il continua son chemin se persuadant « Bah, les raisins doivent être acides de toute façon. » = quelque chose que nous ne pouvons obtenir devient quelque chose que nous ne voulions pas de toute façon.

La compensation (le déplacement)

Ça, c’est l’histoire des émotions que nous avons accumulées depuis des jours, semaines,  ou mois et que nous avons tendance à reporter sur quelqu’un. Comme le chien qui va recevoir le coup de pied que le patron qui nous a agacé aurait mérité. Ou la sale journée de boulot que l’on déverse sur sa femme ou son mari pour un prétexte ou un autre de vaisselle non faite ou de chaussette non rangée. J’aurais pu aussi l’appeler le défouloir. Et généralement la chose ou la personne sur laquelle on se défoule est une personne inoffensive et que l’on affectionne particulièrement, mais qui n’est pas hostile ou menaçante donc « facile ».  Cela peut aussi être la grande qualité que l’on met en avant pour masquer un défaut que l’on se trouve, façon de compenser le manque d’estime de soi. Dans tous les cas, la chose initiale n’est pas gérée proprement ou conscientisée de manière juste.

La rêverie

Une certaine forte de fuite ou de passivité qui nous évade sans réellement résoudre quoi que ce soit, bien qu’agréable sur le moment. C’est mignon lorsque l’on est enfant ou adolescent, moins lorsqu’on a 50 ans et que l’on se plait dans des rêves vagues ou des projections illusoires qui finalement frustrent plus qu’autre chose ne permettant aucune place à l’action concrète et une certaine libération parce que trop complaisante.

L’intellectualisation ou spiritualisation / Dissociation

Comme la chose est commune de nos jours. On parle beaucoup de concepts spirituels, d’éveil, on développe des termes abstraits pendant des heures pour finalement n’avoir réussi qu’à ébaucher des concepts ou emballer des idées comme du papier cadeau autour d’une boite de pandore. Souvent, ça nous aide juste à nous dissocier de ce que l’on vit, de ce que l’on fait vivre aux autres, par justification intellectuelle qu’elle soit rationnelle ou spirituelle ( par exemple : mon âme m’a dit que….mon corps avait envie de cela…) L’analyse tue la compréhension parfois.

L’Identification

Si tout part de soi, il faut bien comprendre que rien ne nous appartient, pas même le jugement ou l’ingérence. Nous ne possédons pas les sentiments des autres, ni la vie des autres, et ce que nous ressentons n’est pas forcement applicable à ce que les autres ressentent. Il est une différence entre être au fait de son monde intérieur et voir tout à travers cette lunette sans amener du discernement. Par exemple, des états paranoïaques où l’on croit que tout le monde cherche à nous voler ou nous agresser parce que l’on se sent profondément en insécurité en nous.

La régression

C’est adopter un comportement enfantin ou inadéquat pour faire face à une situation. J’aurais pu aussi mettre là-dedans la glorification (attitude rebelle et omnipotente) ou la dépréciation (soumission et abêtissement).

 

Bien sûr cette liste n’est pas exhaustive, et bien sûr beaucoup de ces attitudes que l’on adopte tous à un moment de notre vie ne sont pas dangereuses si elles viennent nous aider ou compenser ponctuellement et pour des choses relativement mineures sans embêter personne ; sauf que, lorsque l’on cherche à avancer, il est important de comprendre ces mécanismes pour ne pas dépendre d’eux et adopter des attitudes plus saines d’abord envers nous-même.

Bon nombre de maux physiques sont imputables à une mauvaise hygiène spirituelle ou mentale. En Ayurvéda il est un concept, « Ama », à l’origine de presque toutes les maladies et celui-ci signifie littéralement «  ce qui est non métabolisé, transformé, abouti, résolu, absorbé… ». À la fois physiquement et dans notre vie psychique, les deux allants de pair.

D’autant plus que, l’univers dans sa grande clémence, nous amène toujours les même situations afin d’y faire face encore et encore jusqu’à compréhension et maturité.

Donc, quelles seraient les attitudes saines, matures en réponse ?

 

-Être honnête envers soi, arrêter de se leurrer. Pleurer, hurler, ou crier mais oser vivre l’émotion. Brute.

 

-Oser se confier, parler, s’exprimer dans notre vulnérabilité et authenticité.

 

Donner sans attendre. Un sage demanda un jour « Maitre, je suis démoralisé. Que dois-je faire ? » Celui-ci répondit : « Encourage les autres. »

 

Rigoler. L’humour est extrêmement important. Il apporte le détachement, la légèreté, l’auto dérision, le recul et nous aide à réaliser le caractère éphémère de ce que l’on vit et qui comme tout, passe.

 

Oser s’affirmer, et aligner ce que l’on ressent, ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on fait dans une attitude centrée et ancrée.

 

L’Introspection et la non-réactivité : laisser infuser l’expérience, la faire passer par notre cœur, notre cerveau, nos tripes, et puis réagir. Accepter de se questionner, d’émettre un regard plus profond et lucide sur soi et où nous en sommes.

 

Sublimer : lorsque l’on parle de transformer, transmuter, transcender, on parle d’art. Sous toutes ses formes. Apprendre à voir de la beauté dans tout, du divin dans chaque chose. Même une profonde douleur. S’accorder d’aller au-delà de la forme et de l’expérience immédiate et utiliser notre pouvoir d’alchimiste que nous avons chacun, et qui font les grands hommes et les grandes femmes de ce monde.

 

Le temps : volontairement décider de mettre de côté ce quelque chose parce que nous trouvons la pensée désagréable ou qu’aucune solution ne semble s’offrir pour le moment. Ce n’est pas se forcer à « positiver » comme on entend souvent et qui peut souvent être leurre ou illusion, c’est plutôt laisser le temps au temps.

 

Je ne saurais plus vous encourager à reprendre votre plein pouvoir et pleine responsabilité sur votre vie.

Arrêtez de tourner autour du pot et buvez-le ou brisez-le, mais faites quelque chose.

 

(Pour aller plus loin, réf. : Bruchon-Schweitzer  | S. Ionescu | J.C. Perry |Freud | Caraka Samhita)