Mythes sur l’Ayurvéda : Consultation ayurvédique sur Skype? Ma constitution peut-elle changer ?

Mythes sur l’Ayurvéda :

Consultation ayurvédique sur Skype? Ma constitution peut-elle changer ?

Au vu de la répétition de ces questions, j’ai envie de faire un point sur ces deux sujets.

Dans un autre article/vidéo à venir je préciserais les méthodes de diagnostic en ayurvéda, mais ici je veux juste préciser brièvement qu’à mon sens, il n’est pas possible de faire une consultation fiable et précise sur Skype.

Il est certain que l’on peut dégager un syndrome général, une personnalité globale, avoir un ressenti…mais on ne peut pas faire de l’à-peu-près en santé.

Carak dans un des traités fondateurs de l’Ayurvéda, le Carak Samhita, nous explique qu’«il y a trois sources de connaissances au regard des caractères de la maladie. Tels que – Autorité, perception et inférence. »

  • Autorité : informations transmises par une source (personne, patient, etc.) fiable, crédible et sincère.
  • Perception : par les organes des sens et l’esprit (ex : je ressens du froid, j’entends des bruits de ventre, j’observe un teint blafard, etc.)
  • Inférence : par raisonnement, et concomitance (ex : je vois de la fumée, j’en déduis qu’il y a un feu)

Mais, cela ne suffit pas. Et cela est sujet à erreur. Le texte se poursuit donc précisant qu’il est deux types d’apparences :

  • Laghu Vhyadit : la maladie semble grave, mais en réalité elle est bénigne
  • Guru Vhyadit : la maladie semble bénigne, mais en réalité elle est grave

« Il y a deux types de personnes sous l’apparence d’un malade. L’un est celui qui, bien que souffrant d’une maladie grave semble souffrir d’une maladie bénigne en raison de l’excellence de la psyché, de la force et du corps. L’autre est celui qui souffre d’un désordre léger mais semble souffrir d’un désordre sévère en raison de l’infériorité de la psyché etc. Ceux qui ne sont pas familier de cela, échouent à différencier la sévérité de la maladie en procédant seulement sur l’observation du patient. »

Pour prendre un exemple tout simple, dans le premier cas c’est comme si vous aviez une voiture toute rouillée et cabossée de l’extérieur, mais qui pourtant a un super moteur et roule super bien. Et dans le deuxième cas, vous avez une voiture toute belle et reluisante, mais qui va s’arrêter après 10 km.

VIMANASTHANA  – CARAKA-SAMHITA

De plus, il y a dans presque tous les cas, des signes et des symptômes cachés, qu’ils soient physiques ou mentaux.

Je suis sûre que vous avez tous des membres dans votre famille qui, si vous les passiez sur Skype, vous diront que tout va bien, qu’ils se sentent bien, et peut-être en ont-il même l’air, et quelques mois après un cancer est déclaré on ne sait pas comment. Et on a tous dans notre famille, celui qui fume, boit et mange tout ce qu’il peut et qui pourtant ne déclare rien de particulier aux yeux de la médecine.

« Les médecins/praticiens inexpérimentés confondent de la sévérité ou autrement de la maladie en voyant seulement l’aspect du patient et ses variations dues à la psyché etc. Ces ignorants, en administrant des remèdes incorrectement, provoquent la fin du patient ou quelque problème sérieux. Les savants (d’autre part), après avoir obtenu des connaissances sur l’affaire par tous les moyens n’échouent jamais dans l’administration de la mesure corrective.

Après avoir compris les caractéristiques des maladies en termes d’étiologie, de prodromes (symptôme de début d’une maladie), de symptômes, de pertinence, de nombre, de prédominance, de types, de variation proportionnelle, de sévérité et de durée, le médecin doit connaître les caractéristiques des dosas, produits, sara (dominance constitutionnelle de l’un ou l’autre dhatu), régime alimentaire, convenances et habitudes, psyché, constitution et âge parce que le traitement thérapeutique dépend de la connaissance des caractéristiques des dosas etc. Le médecin n’ayant aucune connaissance des caractéristiques des dosas etc. est incapable de contrôler la maladie. »

Ainsi, lorsqu’on parle de doshas, il nous faut connaitre la constitution, la nature de la personne ( Prakriti ) tout autant que ce qui l’affecte ( Vikriti ), car nous traitons de ce qui l’affecte selon ce qu’elle est.

Par exemple : pour une nature kapha la dose pourrait être plus forte, etc.

Pour continuer sur l’exemple de la voiture.

Si vous ne savez pas ce que c’est comme voiture comment voulez-vous savoir si vous devez mettre du diesel ou du pétrole ?

Pour parler de la constitution brièvement, Prakriti, la plupart des personnes sont constituées d’une combinaison de deux doshas.

Il n’y a pas des milliers de combinaisons puisqu’il n’y a que trois doshas, ça nous laisse donc :

  • Vata/Pitta
  • Pitta/Vata
  • Vata/Kapha
  • Kapha/Vata
  • Pitta/Kapha
  • Kapha/Pitta

Et dans de plus rares cas, un dosha prédominant, et encore plus rare, une équanimité des doshas.

Et il y une différence entre Vata-Pitta et Pitta-Vata, car ce qui compte c’est le ratio si on veut aller plus loin.

Un personne Vata (70%) / Pitta (30%), sera différente d’une personne Pitta (60%) / Vata (40%).

C’est ce qui peut faire la différence par exemple entre une personne qui a un cancer et qui va mourir au bout de 3 mois, une qui va mourir au bout d’un an, une autre qui va guérir : tout cela, -entre autre- selon sa nature.

Mais également, il conviendrait de parler non seulement de sa nature physique ou physiologique mais à considérer sa nature psychologique, ce à quoi elle est encline dans ses réactions ou son attitude, ou sa constitution mentale, que l’on nomme Sattwa (qui se lit aussi par le pouls). Mais c’est un trop vaste sujet pour être abordé pour le moment et ce n’est pas le but de cet article.

De plus, la Nature  est immuable. Ceci est clairement mentionné dans les textes fondateurs de l’Ayurvéda. Il y a un aspect philosophique à cela. Prakriti est aussi la nature immuable, (en association avec Purusha) l’essence et force primordiale de l’Univers telle que décrite dans le Bhagavad Gita et la philosophie Samkhya sur laquelle se base l’Ayurveda. Si le terme est le même, Prakṛti, à nouveau ce n’est pas pour rien.

Les éléments tangibles et intangibles de la nature dans le Gita Govinda Kavyam, drame lyrique composé en sanscrit simplifié par le célèbre poète Jayadeva d’Orissa au XIIe siècle,considéré comme un phénomène unique dans les annales de la littérature mondiale. Extérieurement, il décrit l’amour, la séparation, la nostalgie et l’union de Radha et Krishna, le duo cosmique, dans la forêt mystique de Vrindavan, le long de la rivière Yamuna. Métaphysiquement, il connote le désir de l’âme individuelle (Jivatma) pour l’union mystique avec l’âme divine (paramatma).

Et je pense que si les anciens avaient une telle connaissance que l’on redécouvre à peine aujourd’hui, ils avaient aussi compris comment marchait la génétique.

Puisqu’ils ont décrit que Prakriti est déterminée au moment de la conception/fertilisation à la rencontre du sperme et de l’ovule selon les doshas prédominants chez les deux parents à ce moment-là, et d’autres facteurs (la constitution et l’état de sante des deux parents, l’environnement et le climat, le karma et mémoires subtiles de l’âme, etc.).

Il y a un très bon article expliquant comment l’Ayurvéda, science de la vie (portant ce nom ça veut tout dire), avait déjà fait le lien entre génétique, épigénétique et phénotype. En gros, l’ADN (notre code génétique) ne change pas (à moins d’être exposé à des radiations, etc.), parce que c’est un absolu, relié à notre essence absolue et immuable, dont c’est l’expression matérielle. Par contre, le phénotype, l’expression de l’ADN dans ses différentes parties, activées ou en dormance, est dynamique, mouvante et changeante, parce que c’est l’expression de la vie qui est relative et inconstante. Mais la base reste la même.

Pour prendre un exemple simple, même si un serpent ou un poisson évolue avec 12 pattes ou 3 nageoires au fil des années, ça restera toujours un serpent ou un poisson, par essence. Pareil pour vous-même si vos yeux changent de couleur ou autre.

Je vous recommande cet article très intéressant (en anglais) ICI.

La constitution peut être difficile à discerner parce que notre état circonstanciel du moment peut la masquer dans une certaine mesure, c’est pourquoi la science du pouls décrite il y a plus de 5000 ans, Nadi Pareeksha, mentionne spécifiquement qu’il faut toujours prendre le pouls à jeun avant le lever du soleil pour avoir une lecture des plus précise et claire ( sinon, 3 h après ingestion de nourriture, car lorsqu’en phase digestive, le diagnostic est distordu ) même si un praticien expérimenté saura aussi le faire n’importe quand, mais c’est plus sujet à erreur et fluctuations. Et il est clair que ce don de lecture n’est pas à la portée de tous, d’ailleurs je ne m’y risque pas personnellement, on ne s’improvise pas Dr. en Ayurvéda.

Praticiens, thérapeutes, je n’ai pas envie de vous décourager dans votre pratique, surtout si vous débutez, mais j’ai envie de vous encourager à rester dans l’humilité ce qui n’empêche pas la confiance d’avancer, à vraiment aller apprendre aux sources à la fois théoriques et pratiques, à développer votre propre approche tout en vous référençant aux livres ou articles sérieux qui ont été écris par souvent des gens qu’on ne voit pas dans les médias malheureusement, à lire et relire au moins les 3 principaux traités fondateurs pour commencer (sinon vous êtes comme un théologien qui prêche et parle de la bible sans l’avoir jamais lue) et toujours y revenir dans le doute plutôt que Google ou Mme/Mr Trucmuche aussi intelligents soient-ils. Faites votre propre base qui deviendra votre propre approche.

Clients, patients, j’entends vous mettre en garde sur les fausses idées que l’on entend sur l’ayurvéda. Non, on ne détermine pas si telle ou telle chose est bonne pour vous selon (uniquement) votre constitution. Non, la constitution ne change pas. Non, ce qui vous convient peut ne pas convenir au voisin même si il est de la même constitution. Oui, il est possible de voir des choses à distance, mais à savoir si c’est juste et correct, prudence. Mais ce peut être un premier pas.

Dans notre cas, nous offrons de proposer des conseils personnalisés (gratuits) à distance en demandant aux personnes de remplir un questionnaire de santé le plus complet possible, suite auquel nous donnons certaines règles alimentaires et autres selon les informations données mais tout cela restant à titre indicatif, n’affirmant pas la constitution ou tous les détails du syndrome avec certitude, tout ceci restant sous réserve de la lecture du pouls et de l’entretien en personne où l’on peut examiner aussi d’autres critères que je mentionnerai dans un prochain article.

Je sais que beaucoup de choses peuvent se faire à distance puisque tout est vibration et que le pouls n’est aussi que pulsation et fréquence, puisqu’aussi dans cet âge d’or décrit au temps de Satya Yuga c’est ainsi que les choses étaient reconnues et utilisées. Mais dans notre âge sombre de Kali Yuga, j’émets des précautions et réticences avec cette mode du soin à distance, bien que ça fasse aussi des merveilles,  on ne peut pas tout faire à distance. La santé, c’est sérieux, on doit pouvoir justifier du diagnostic, et on ne peut pas justifier un ressenti ou quelques critères ou interprétations de loin. Essayez de manger à distance ou faire l’amour à distance vous me direz. En ce qui me concerne, rien ne remplace la chair sous les doigts, et c’est pareil pour la sensation du pouls dans la veine.

Beau dimanche !

Emmanuelle Soni-Dessaigne