La vie est une naissance successive

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Lorsque je suis née je suis morte.

Mais est-ce si paradoxal ? Dès mon premier souffle l’on m’a incitée à comprendre que toute ma vie je n’allais plus faire la différence. Qu’elle n’existait pas.

Nous mourrons plusieurs fois au cours de notre vie.

Je suis morte à l’enfant, à ses croyances, à ses idées, à ses rêves, à ses peurs.

Je suis morte à l’adolescente, à ses manières, ses folies, ses démesures.

Je suis morte à l’Ingénieur, à sa carrière, à son rôle, à son monde.

Un jour, à mon premier enfant, je mourrais à la femme pour faire naitre la mère.

Je me souviens, lorsque mon oncle est mort dans mes bras alors que j’étais toute petite, j’ai eu envie de le sauver. Et puis très vite, cette peur a laissé place à la confiance, j’ai eu envie de lui rappeler qu’il n’était pas en danger. Que ce qui semblait en train de mourir là, était un rêve.

Qu’il n’y avait rien à craindre.

Le deuil de nos proches n’est qu’une symétrie de toutes ces morts que nous expérimentons chaque jour. Ce n’est qu’un temps où l’on nous demande de savoir trouver la présence dans l’absence, ce lien indéfectible, omniprésent, qui nous rappelle à nous-même.

Parce que tous ces aspects de nous ne meurent pas réellement. Parce qu’on ne les enterre pas. On ôte juste le masque, l’enveloppe, l’apparence, le décorum, et on le remodèle.

Tout n’est que transformation. Seule la forme change.

J’ai toujours cette enfant en moi, cette adolescente, cette ingénieure, et tout ce que je ne semble pas être encore, je le suis pourtant. Je peux le ressentir. Tout est là.

Hier et aujourd’hui ne sont-ils pas simplement le terreau fertile de ce que nous serons demain ? Et demain n’est-il pas le potentiel manifesté de ce que nous sommes déjà aujourd’hui ?

Au-delà de cette illusion temporelle, linéaire, réside l’éternel.

Je ne dis pas que naitre est facile. Naitre se fait dans le chaos. C’est fragile, c’est bouleversant, douloureux, mais c’est magique. C’est douloureux parce qu’à chaque fois nous portons notre propre accouchement, dans une sensation vague et nébuleuse, et puis l’on se délivre, et puis l’on se recrée, se réinvente, à nouveau. C’est un processus intrinsèque. Une naissance successive.

Avez-vous observé la majesté d’un arbre en chacune de ses saisons ? Ce qui est d’immuable qui bat sous l’écorce en dépit du vert ou de l’orange des feuilles dont il se pare pour un temps, juste pour offrir au monde ses métamorphoses ?

Si vous ne vous prenez pas au jeu, si vous savez qu’en réalité toutes ces facettes ne sont que des expressions de vous – ce vous qui reste, quelque part, intact, permanent – alors vous ôterez la gravité et la suffisance de la vie humaine et vous en apprécierez pleinement l’éphémérité et ses semblants d’évolution. Vous respirerez et jouerez à travers tout cela. Vous en ôterez tout le cérémonial pour vous attarder sur l’essentiel. Et vous trouverez le contentement dans ce qui est.

Vous comprendrez que ce que vous prenez avec tant de sérieux n’était qu’un autre stade d’enfance ou d’adolescence, avec ses pensées restrictives et ses idées arrêtées.

Puisqu’en réalité que se passe-t-il quand vous mourrez ?

Rien.

Puisque vous ne mourrez pas.

Puisque vous n’êtes jamais né.

La Santé parfaite

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(Intervenant:) « Après une cure Ayurvédique, ou à force de faire efforts sur efforts concernant l’alimentation ou le sport, ou même méditer, …vais-je enfin avoir la santé Parfaite? »

(E.D:) « Je vais vous parler de mon expérience.

Il y a maintenant plus de 10 ans je me lançais dans ce que l’on nomme bien-être. Alors quand on se lance là-dedans, on comprend vite qu’il y a autant de courants, de techniques, de méthodes et de postulats qu’il n’y a de planètes. On lit tout et son contraire, et l’on finit par comprendre que tous ces courants sont trop récents pour avoir l’intelligence nécessaire à saisir la subtile alchimie corps/esprit et il me semble que nous jouons a l’apprenti chimiste tout en érigeant nos pseudo-découvertes en affirmations.

Si vous passez quelque temps sur Internet ou divers magazines vous allez trouver des informations du type :

  • Manger tel aliment tous les jours et regardez ce qui va se passer
  • Les bienfaits de tel ou tel superaliment
  • Mangez ce végétal il règlera tous les problèmes
  • Incroyable le cannabis et l’huile de coco pour tuer le cancer
  • Le régime X ou Y
  • Cure de ceci et de cela

Nous sommes passés d’un extrême à un autre. De l’omniprésence de la nourriture industrielle à la quête de pureté et de perfection. Dans les deux cas la mortification du corps pour l’Ego.

Si vous cessez d’acquiescer aux diktats qui nous sont présentés régulièrement, vous verrez que la  plupart des méthodes et courants prêchés à présent ont été créés, développés ou répandus entre 1900 et 2000

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et que soit:

-Ils sont basés sur quelques études et on en a fait une généralisation tout en manquant de paramètres

-Ils sont basés sur des anciennes peuplades ou un groupe d’individu d’origine spécifique sans prendre en compte les conditions de vie différentes, etc. (ex : régime méditerranéen, Okinawa,etc. )

-Ils sont basés sur une personne ou un ensemble d’individus, quelqu’un a trouvé quelque chose qui marche pour lui/elle et quelques autres et en a fait une doctrine et un système (ex : Seignalet , Gerson, Kousmine, Atkins pour ne citer qu’eux)

-Ils sont basés sur un principe (jeûner, manger cru, manger cuit, manger à certaines heures…) mais le problème survient dès lors que l’on tente d’ériger un principe en vérité générale. Un principe doit rester confiné à ses dépendances à savoir : Pour qui, quand, quoi, comment, combien, etc.

Tout cela nous laisse souvent perdu, confus, accablé.

Alors après avoir testé une infinité de choses sur ma personne,  et ne trouvant aucune réponse, ou du moins jamais à long terme, comme avec tout ce qui nous arrive, il nous incombe de tourner le regard vers l’intérieur. Vers l’unicité de notre être et son union avec tout ce qui est.

Comprendre que la vie est quelque chose qui nous tient bien au-delà de notre corps, qu’il est une force qui régit nos cellules au-delà de ce que nous mangeons ou buvons.

Je me suis donc attachée aux médecines ancestrales, dont l’approche est holistique et la science éprouvée, je citerais la Médecine chinoise, l’Ayurvéda ou encore la Médecine Maya mais il y en a d’autres. Toutes ont en commun une profonde connaissance de la nature et de son interaction si complète et si subtile avec nous.

Et toutes ces médecines, pour parler de santé, définissent les points suivants :

Cesser de croire qu’il faut faire un effort. Qu’il faut faire 12 heures de sport et manger 3 carottes. Le plus grand effort que nous ayons à faire est sur notre mental. Mais cela n’est même pas un effort du tout c’est une prise de conscience. Si vous pensez encore que le corps dirige et que votre mental suit vous vous trompez sur la présidence. Votre esprit, votre âme, préside à tout déploiement qui survient dans votre vie. Si vous voulez avoir la santé, ce que vous n’avez peut-être pas actuellement, il vous faut être ce que vous n’êtes pas actuellement. Pas faire, être. Et avant tout être simplement en paix. À partir de la seulement tout change. Manger ce chocolat ne vous tuera peut être pas mais la tristesse, le stress, les attentes, les conflits intérieurs, si.

Chaque être est unique. Il n’y a pas de « norme ». Ne soyez pas à la merci de sources d’informations vindicatives ou de prédicateurs de santé mais utilisez votre esprit critique, gardez ce qui fait du sens pour vous. Là. Au corps. Au cœur. Pas dans la tête. Ce qui est parfait c’est ce qui est parfait pour vous. Nous avons tendance à nous projeter, dans une version de nous-même que l’on aimerait ou croire que l’autre personne est en meilleure santé, plus mince, plus athlétique, que sais-je. C’est une illusion. Chaque nature est différente, et il n’est pas question de comparer. Chaque personne a une constitution différente avec ses caractéristiques, et la santé c’est de se connaitre assez pour savoir jouer avec.

Ce qui m’amène à mon troisième point, la santé c’est un état d’adaptabilité, d’improvisation. Quand on connait notre nature, nos tendances ou notre état actuel de santé en fonction des circonstances de vie, alors nous savons ajuster. Chaque jour est différent. La santé ce n’est pas un état d’immuabilité. Cet état qui serait suspendu a un temps T ou vous pourriez vous dire -ah, là, tout est parfait- n’existe pas. La vie est mouvement. Nous voulons trop souvent soit que les choses changent soit qu’elles ne changent pas, que diriez-vous si l’on ne faisait ni l’un ni l’autre et si l’on se satisfaisait de ce qu’elles  sont ? Prévenir tout changement c’est prévenir la vie de venir nous secouer, nous interpeller, nous émerveiller, nous rencontrer.

Toute « imperfection » est « opportunité ». Chercher la santé parfaite c’est vouloir prévenir toute « maladie » comme si nous méditions pour pouvoir prévenir toute pensée or la méditation ce n’est pas pour s’endormir, mais pour se réveiller, de même toute maladie est une opportunité si on la saisit en conscience, elle amène une transformation non seulement pour la personne mais pour son entourage. Chaque évènement qui se produit dans nos vies a sa raison d’être, il y a un avant et un après, et que bien que sur l’instant  nous soyons dans la frustration ou la colère, il y a toujours quelques lumières que cela éclaire en nous. Je pense que les étoiles et la lune sont venues pour éclairer la nuit, et qu’elles en sont la beauté et la vision. Je pense que nos voiles de noirceur nous poussent à  voir plus loin et différemment, si tant est que l’on regarde avec les yeux de l’âme. Combien de patients, de proches, ai-je connu qui pourraient témoigner de ce que la maladie a apporté, de rencontres, de moments singuliers, de ressources en soi.

La santé réelle pourrait donc être (liste non exhaustive évidemment):

-quelque chose qui n’appartient à aucune norme et ne tient aucune comparaison

-quelque chose qui demande moins un effort externe qu’une conscience interne

-quelque chose qui n’est défini que pour vous

-quelque chose qui vit avec le quotidien car chaque jour est neuf

-quelque chose qui n’est pas figé mais accepte tout aléas  et toute évolution comme humaine et opportune

 

La santé parfaite n’existe pas. La santé, c’est un état de grâce, d’amour et de partenariat entre notre corps et nous, cette union qui cherche son équilibre jour après jour.

La santé parfaite c’est d’abord se libérer de cette obsession de la chercher.

Votre corps n’est rien sans vous.

Ni sa menace ni son salut ne viendront de l’extérieur.

Votre corps est en santé dans la proportion de votre amour de vous-même, du monde et de la vie. »

 

Emmanuelle Soni-Dessaigne

 

Les « maladies » n’existent pas

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En ces temps modernes troublés, il est important d’ouvrir des horizons et de considérer tous les points de vue avant de poser un “diagnostic” sur une personne. Nous allons parler ici du point de vue de la médecine ancestrale Ayurvédique et de son approche à la fois corporelle et spirituelle. Nous allons parler non dans un but d’opposition mais afin de comprendre les divergences d’approches pour mieux unifier les médecines, élargir la vision et prendre le meilleur de tout ce qui existe en médecine dans une visée intégrative.

Selon la médecine allopathique, les maladies sont regroupées par leurs symptômes et sous des causes dont la terminologie est issue. Un patient ayant donc les mêmes symptômes dans un ensemble se verra désigné comme ayant “X” maladie(s) et devant suivre “X” protocole.  Ainsi, les patients sont pris en charge en fonction du « groupe » de maladie auquel ils ont été diagnostiqué appartenir, un ou plusieurs. Il y aura donc des personnes atteintes du “Cancer”, de “Lyme”, du “Diabète”, etc.

Non que cette appellation n’ai pas de fondement et ne soit pas éclairante, mais elle est limitée dans sa compréhension et par le traitement ou le protocole proposé consécutivement qui est ainsi la plupart du temps le même pour tous (dosage variant et quelques autres paramètres).

En Ayurvéda, l’approche et sensiblement différente. Chaque patient est traité en fonction de ce qu’il EST et non pas de ce qu’il A.

Cette approche est différente dans le sens individuelle et non systémique. Dans cette vision, les symptômes sont une manifestation, et la manifestation d’une personne à l’autre peut, certes, sembler similaire, cependant la cause ainsi que le traitement/protocole qui en découle est toujours absolument individuel.  Ainsi, deux patients atteint de Cancer, de Lyme ou de Diabète d’un point de vue allopathique, n’auront absolument pas les mêmes traitements et ne seront pas diagnostiqués comme ayant la même maladie.

Le système de diagnostic allopathique a ses lacunes dans une générale incapacité de diagnostiquer les maladies bien avant leurs manifestations, car les outils de “dépistage” actuels ne sont pas autant aboutis pour ce faire. De son côté, l’Ayurvéda utilise la lecture du pouls comme diagnostic, méthode non invasive, permettant de détecter les maladies à leur stade précoce ainsi que leur probables schémas d’évolution, leurs racines et les relations entre les divers symptômes. L’enjeu aujourd’hui est d’aller vers une démarche holistique plus que spécialisée, et de faire cohabiter les deux. Ainsi, des analyses allopathiques seront un outil de plus pouvant affirmer un diagnostic ayurvédique ou suivre son évolution.

Il convient également de parler de la racine spirituelle. Toute maladie ne s’engramme dans le corps que s’il elle a au préalable fait ses racines dans l’âme, dans les autres corps subtils. Il faut donc considérer le corps et l’esprit comme une unité en symbiose pour chaque traitement, et cela, à nouveau, est individuel.

Nous en revenons toujours à nous, aux profondeurs auxquelles nous nous rencontrons, nous nous aimons, nous nous acceptons, nous nous respectons, nous nous écoutons, nous nous faisons confiance.

Le cancer tout comme les maladies dites « épidémiques », ou « chroniques » n’est pas un fléau, c’est le reflet d’une société où les êtres ont oublié profondément leur nature et leurs potentiels, c’est un message comme toute maladie qui amène à une remise en question de nombreux systèmes de pensées tout comme de soins.

Plus on essaiera d’attaquer avec des méthodes autres que l’amour, la compréhension, l’accueil, la compassion, plus on ne tuera que la vie.

La maladie n’est pas quelque chose à combattre c’est quelque chose à inviter, à entendre. Nous sommes dans une société où nous combattons, rejetons, résistons, nous combattons pour presque tout : la beauté, la richesse, la réussite…comme un chien qui se mordrait la queue à la recherche de lui-même, parce que nous croyons devoir combattre quand toute guérison réside dans l’accueil, la compassion, l’écoute et l’entendement. Comprenez bien, nous ne pouvons guérir avec les mêmes méthodes et façon d’agir et de pensées que celles qui ont créé la maladie.

Tant que nous continuerons dans nos luttes intestines manifestées à petite comme grande échelle nous n’irons pas vers cette sérénité et libération qui nous attend et nous est inhérente, intrinsèque.

La maladie n’est ni une fatalité ni une plaie c’est une invitation, c’est à vous de la saisir, de prendre par la main cette expérience et d’aller avec elle où elle veut nous emmener, souvent le chemin semble sombre mais vous êtes la lumière pour éclairer toutes ces noirceurs. Sans condamnation, sans jugement, sans gravité.

Il est important que chaque patient puisque comprendre profondément ce qui l’affecte, car la compréhension personnelle est clef dans tout processus de guérison.

Les médecines ancestrales voient la “maladie” comme un état de déséquilibre corps et esprit ayant un point ou des points névralgiques qu’il convient de mettre au jour et entrainant en conséquence d’autres problèmes dans sa chute.

Pour terminer, en effet, les maladies existent, cependant pas telle que nous les concevons actuellement, actuellement dans une médecine moderne qui spécialise un peu trop, qui limite l’imbrication corps/esprit, et qui est majoritairement généralisante et systémique, avec son lot d’émotions, de connotations et de condamnations. De plus, la « maladie » envoie implicitement une notion « d’extérieur », d’apitoiement, nous posant en victime, inférant une notion de gravité en place d’opportunité et de responsabilité. Nous voyons ainsi le médecin comme un Sauveur, laissant entre ses mains la responsabilité de notre santé alors que, je cite, « guérir de la maladie c’est aussi guérir du médecin. », il n’est ici nul question de s’infantiliser. Il faut aussi comprendre que la Vie n’est pas un laboratoire injuste, hasardeux. Tout est de raison d’etre et divinement orchestré.

Et comme il existe autant de maladies donc que de personnes, car chaque déséquilibre est profondément unique, nous pourrions même conclure que soit nous nous disons tous malades, soit nous nous disons tous sur le chemin de l’expérience et de la libération.

Dr. Manan Soni & Emmanuelle Soni-Dessaigne

Article originel ici.

De l’Éveil

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J’entends de nombreuses personnes se prétendre « éveillées ».  Cela veut donc dire qu’il y a « les autres » = sous-entendu non éveillés = endormis = connotés « imbéciles » ?

 

Tout ce qui relève d’un jugement ou de la comparaison n’est pas de l’éveil. Nous sommes tous dans des sortes d’ornières a différents niveaux, et il nous appartient simplement d’ouvrir les yeux pour réaliser ce que nous sommes réellement, et de tout temps. Il n’y a donc pas d’éveillés et d’endormis, juste des personnes à divers stades permettant l’une l’autre de se révéler. Vous ne sauriez pas qui vous êtes sans cet autre que vous abhorrez, sans ces frictions et interactions. Vous oubliez que vous êtes tout ce qui est et tout ce qui est est vous. Etiquetter n’a aucun sens et ne tient la comparaison d’aucune manière, mais du point de vue de notre illusion, qui est souvent dichotomique et manichéenne, cela semble en avoir. Chaque fleur fleurit dans ses propres conditions : un sol aride, rocailleux, ou une tourbe humide des marais…les conditions de la floraison tout comme l’heure de celle-ci diffèrent selon chacun et chacun est amené à fleurir en sa saison.

Existe-t-il des critères à l’éveil, si oui, qui les a listés quelque part? N’est pas simplement faire confiance et se laisser porter par la vie dans l’Accueil, la Gratitude et l’Amour ? Ce n’est pas un état ayant un début et une fin, c’est un processus alchimique permanent , qui devient au fur et a mesure qu’il se crée, se transforme.

 

Je vois de nombreuses personnes se disant « éveillées » se prosterner devant telle icône, divinité, guru, se revendiquer de tel ou tel maitre à penser, de tel ou tel courant de connaissances.
 

C’est de tout temps, l’homme se plait devant des symboles, des « dieux » externes, des idoles.

Dès lors que le regard se tourne plus vers l’extérieur que l’intérieur, l’œil ne voit rien que ses projections et illusions. Il existe évidemment de magnifiques ouvrages et de magnifiques auteurs, mais ce sont toujours la créature au lieu du créateur, il faut donc les respecter mais non les adorer ni les ériger en vérité au-delà de celle qui vous est propre. Lire sur quelque chose ce n’est pas en faire l’expérience. Lire sur un plat, c’est loin de contenir toutes les sensations que manger celui-ci peut procurer. Il n’y a besoin d’aucun intermédiaire ou interprète entre vous et la Source, car il n’y a aucune séparation!

C’est une expérience directe. Dieu se trouve moins dans les temples et églises que dans les cœurs, moins dans les livres que dans un sourire d’enfant ou une fleur égarée.

 

Je vois beaucoup de personnes « éveillées », se croire emplies d’une mission divine qui serait supérieure hiérarchiquement.

 

Chaque vie a son importance. De la fourmi a l’astronaute. Chacun a fait des choix bien spécifiques et a reçu les conditions pour mener à bien ceux-ci, qu’ils soient de peindre ou de tenir un foyer ou de faire les deux à la fois. Il n’existe aucune hiérarchie. À nouveau et ultimement, l’expérience n’est pas de « faire » ou de « devenir » mais d’être. Vous n’emporterez pas vos diplômes, vos médailles, vos fiches de paye, vos biens immobiliers…vous emporterez vos expériences, l’amour que vous avez mis en chaque chose, les libérations que vous avez entreprises.

Il n’y a aucune échelle de valeur spirituelle entre un enseignant, conférencier, pilote de ligne, chasseur ou cireur de chaussures… La spiritualité n’est en rien liée à la profession. L’enseignement que l’on reçoit est dans chaque expérience, propre à chacun, puis se distille par un mot, un sourire, une main tendue, tout autant que par des livres ou des conférences, car c’est la pratique de ce que l’on vit au jour le jour et non la théorie qui nous passe à travers le fer et la flamme, qui nous éprouve et qui nous libère.

 

Je vois beaucoup de personnes « éveillées », se regrouper entre elles et éviter de se mêler avec ceux qui ne seraient pas du même niveau vibratoire.

 

Où est le but de prêcher un convaincu ? Prêcher la bonne parole au sein de ceux qui la connaissent déjà est à la fois glorifiant pour l’égo et inutile. Si vous êtes entendant allez parler a ceux qui se croient sourds et dites leur qu’ils ne le sont pas. Jésus comme tant d’autres prophètes, allait vers toute personne qui justement, avait oublié sa lumière, était dans le besoin, était dans la critique et la réfutation. Un professeur n’enseigne pas à des enseignants, il enseigne à des enfants et les enfants lui enseignent en retour, le chahutant, le questionnant, l’approfondissant, mettant le doigt bien souvent sur des choses essentielles que dans notre tour d’ivoire pleine de croyances et de connaissances, nous avions oublié.

 

L’ « éveil » signifie t’il la paix constante, la sérénité absolue et permanente ?

 

Pas forcément, souvent même l’inverse. C’est ressentir au lieu de voir, ou même de faire. Ressentir c’est donc ouvrir les sens, c’est donc fondamentalement être plus sensible mais à la fois pouvoir en prendre tout le recul par l’observation, la compréhension, la mesure. C’est ressentir de manière équilibrée et mesurée, de manière englobante. C’est pouvoir prendre de la hauteur tout en étant à l’écoute et tout en traversant les émotions. C’est tendre une main à ce qui pleure en nous au fil de la Vie, c’est tendre l’oreille à ce qui souffre en nous, ce n’est pas ne plus souffrir ni atteindre une sorte de Zen continuel. C’est arborer la bienveillance et la compassion lorsque l’on traverse des mers déchainées, c’est garder la confiance lorsque l’on se cogne aux murs de notre humanité, de nos jeux d’égo et d’illusions ; ce n’est pas les supprimer, c’est les comprendre en allant au bout de chacun, pour s’en défaire et les transcender.

 

Je vois beaucoup de personnes « éveillées » se sentant de devoir lire tel ouvrage, suivre telle formation, afin d’accéder à la conscience ultime, à la maitrise de certaines choses.

 

Pensez-vous que Dieu soit synonyme d’érudition ? Que tous les ouvrages ésotériques, hermétiques, scientifiques, mystiques, etc. vont vous rapprocherez de la Source quand elle est à vos pieds, plus, vous-même tout entier? J’aimerais reprendre l’exemple de Jésus:  « Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. » Ne sont-ce donc pas les enfants qui sont les plus proches de celle-ci, et pourtant qui sont les moins « érudits » si l’on corrèle érudition et accumulation. La plupart des méthodes, formules magiques, rituels, nous ont été soit donnés soit inventés parce que justement nous avons toujours besoin de nous trouver des outils, quand nous sommes l’outil. Tant que nous tâcherons de comprendre ce qui Est par des idéologies nous ne pourrons jamais trouver le sens réel de la Vie qui ne se comprend que dans le mystère, au delà des mots, au delà des concepts, dans l’innocence.

 

-Emmanuelle Soni-Dessaigne